Article L622-24 du Code de commerce
- Si une entreprise qui vous doit de l'argent est placée en procédure, vous devez écrire au mandataire judiciaire pour dire ce qu'elle vous doit : c'est la déclaration de créance.
- Vous avez deux mois à partir de la parution de l'annonce officielle (BODACC), et quatre mois si vous n'habitez pas sur le territoire du tribunal.
- Vous devez déclarer même si vous n'avez pas de jugement ni de facture définitive : dans ce cas, vous chiffrez une estimation.
- Les salariés n'ont rien à déclarer : leurs salaires sont relevés d'office par le mandataire.
- Si vous ne déclarez pas, vous ne toucherez rien dans la procédure, et vous perdrez aussi votre recours contre la caution.
Pensez à une file d'attente qui se forme le jour du jugement. Pour y avoir une place, il faut s'inscrire, et l'inscription se fait auprès d'une seule personne, le mandataire judiciaire. Deux mois pour s'inscrire, à compter du jour où l'annonce paraît au journal officiel des annonces commerciales. Ceux qui ont pris une garantie enregistrée quelque part, une hypothèque, un gage, un crédit-bail publié, reçoivent en plus une lettre : pour eux, le compteur ne démarre qu'à la réception de cette lettre. Vous n'avez pas encore votre facture définitive, votre procès est en cours, votre chiffre n'est pas arrêté ? Ce n'est pas une excuse pour attendre : on s'inscrit avec une estimation, quitte à l'ajuster ensuite. Celui qui ne s'inscrit pas ne perd pas sa créance sur le papier, mais il ne peut plus la réclamer ni à l'entreprise, ni à la personne qui s'était portée caution : autant dire qu'il a tout perdu.
- Ne comptez pas les deux mois depuis la lettre du mandataire : le point de départ est la publication au BODACC, sauf si vous avez une sûreté publiée.
- Ne déclarez pas « pour mémoire » ni « montant à préciser » : chiffrez, même approximativement, et indiquez si vous revendiquez un privilège.
- Gardez la preuve de l'envoi : c'est elle, et non votre bonne foi, qui vous sauvera si le mandataire conteste avoir reçu la déclaration.
- Si votre créance est née après le jugement et qu'elle n'est pas payée à l'échéance, elle se déclare aussi, mais le délai court de son exigibilité.
Lire le texte officiel de l'article
A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat. Lorsque le créancier a été relevé de forclusion conformément à l'article L. 622-26, les délais ne courent qu'à compter de la notification de cette décision ; ils sont alors réduits de moitié. Les créanciers titulaires d'une sûreté publiée ou liés au débiteur par un contrat publié sont avertis personnellement ou, s'il y a lieu, à domicile élu. Le délai de déclaration court à l'égard de ceux-ci à compter de la notification de cet avertissement. La déclaration des créances peut être faite par le créancier ou par tout préposé ou mandataire de son choix. Le créancier peut ratifier la déclaration faite en son nom jusqu'à ce que le juge statue sur l'admission de la créance. Lorsque le débiteur a porté une créance à la connaissance du mandataire judiciaire, il est présumé avoir agi pour le compte du créancier tant que celui-ci n'a pas adressé la déclaration de créance prévue au premier alinéa. La déclaration des créances doit être faite alors même qu'elles ne sont pas établies par un titre. Celles dont le montant n'est pas encore définitivement fixé sont déclarées sur la base d'une évaluation. Les créances du Trésor public et des organismes de prévoyance et de sécurité sociale ainsi que les créances recouvrées par les organismes visés à l'article L. 5427-1 à L. 5427-6 du code du travail qui n'ont pas fait l'objet d'un titre exécutoire au moment de leur déclaration sont admises à titre provisionnel pour leur montant déclaré. En tout état de cause, les déclarations du Trésor et de la sécurité sociale sont toujours faites sous réserve des impôts et autres créances non établis à la date de la déclaration. Sous réserve des procédures judiciaires ou administratives en cours, leur établissement définitif doit, à peine de forclusion, être effectué dans le délai prévu à l'article L. 624-1. Si la détermination de l'assiette et du calcul de l'impôt ou des cotisations et des contributions sociales est en cours, l'établissement définitif des créances admises à titre provisionnel doit être effectué par l'émission du titre exécutoire dans un délai de douze mois à compter de la publication du jugement d'ouverture. Toutefois, si une procédure de contrôle ou de rectification de l'impôt ou des cotisations et des contributions sociales a été engagée, l'établissement définitif des créances qui en font l'objet doit être réalisé avant le dépôt au greffe du compte rendu de fin de mission par le mandataire judiciaire. Le délai de l'établissement définitif des créances fiscales est suspendu par la saisine de l'une des commissions mentionnées à l'article L. 59 du livre des procédures fiscales jusqu'à la date de réception par le contribuable ou son représentant de l'avis de cette commission ou celle d'un désistement. Les institutions mentionnées à l'article L. 3253-14 du code du travail sont soumises aux dispositions du présent article pour les sommes qu'elles ont avancées et qui leur sont remboursées dans les conditions prévues pour les créances nées antérieurement au jugement ouvrant la procédure. Les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture, autres que celles mentionnées au I de l'article L. 622-17 sont soumises aux dispositions du présent article. Les délais courent à compter de la date d'exigibilité de la créance. Toutefois, les créanciers dont les créances résultent d'un contrat à exécution successive déclarent l'intégralité des sommes qui leur sont dues dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. Le délai de déclaration, par une partie civile, des créances nées d'une infraction pénale court dans les conditions prévues au premier alinéa ou à compter de la date de la décision définitive qui en fixe le montant, lorsque cette décision intervient après la publication du jugement d'ouverture. Les créances alimentaires ne sont pas soumises aux dispositions du présent article.
Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le