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Urgence
Cass. com. · 19/04/2023 · n° 21-19.743

Le rétablissement professionnel n'efface que ce que le débiteur a déclaré, à l'euro près

Arrêt commenté Rendu le 19 avril 2023 · Source : texte officiel
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Ce que l'arrêt décide

Une locataire devait 36 429,40 euros de loyers en principal. Devant le juge commis du rétablissement professionnel, elle n'a déclaré que 18 330,58 euros, et c'est ce seul montant qui a été porté à l'état chiffré des créances annexé au jugement de clôture. La cour d'appel avait jugé la dette intégralement effacée. Cassation : l'effacement ne joue qu'à concurrence du montant figurant à cet état chiffré. 18 330,58 euros sont effacés, 18 098,82 euros survivent, avec la clause résolutoire du bail qui va avec.

Ce que dit la Cour

« une dette n'est susceptible d'être effacée par la clôture de la procédure qu'à concurrence du montant indiqué dans cet état chiffré des créances »

Texte intégral : source officielle
La portée pratique
Le raisonnement de la Cour tient en trois pas, et il faut les prendre dans l'ordre. Premier pas : qui recense les dettes. Le rétablissement professionnel (Art. L645-1 Article L645-1 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Il est institué une procédure de rétablissement professionnel sans liquidation ouverte à tout débiteur, personne physique, mentionné au premier alinéa de l'article L. 640-2, en cessation des paiements et dont le redresse... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ) fonctionne à l'envers des autres procédures. Ailleurs, ce sont les créanciers qui déclarent leurs créances et qui supportent la forclusion s'ils oublient. Ici, c'est le débiteur qui liste ce qu'il doit au moment de sa demande, et le juge commis porte cette liste à la connaissance des créanciers (Art. L645-8 Article L645-8 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Le mandataire judiciaire ou la personne choisie sur le fondement du premier alinéa du II de l'article L. 812-2 ou sur le fondement du III de ce même article informe sans délai les créanciers connus de l'ouverture de la p... En vigueur depuis le 01/01/2017 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ). Le créancier ne déclare rien : il est informé de ce que le débiteur a bien voulu dire. Deuxième pas : sur quoi porte l'effacement. Art. L645-11 Article L645-11 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire La clôture de la procédure de rétablissement professionnel entraîne effacement des dettes à l'égard des créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture de la procédure, a été portée à la connais... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → prévoit que le jugement de clôture entraîne effacement des dettes. Mais quelles dettes, et pour quel montant ? C'est Art. R645-17 Article R645-17 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Le jugement de clôture comprend l'état chiffré des créances effacées avec l'indication, selon le cas, du nom ou de la dénomination et du domicile ou siège des créanciers. Il entraîne la caducité de la demande d'ouvertur... En vigueur depuis le 02/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → qui répond : le jugement de clôture comprend l'état chiffré des créances effacées, avec le nom et l'adresse de chaque créancier. Autrement dit, l'effacement n'est pas une notion abstraite qui saisirait la dette dans sa réalité économique : il a une assiette écrite, et cette assiette est l'état chiffré. Troisième pas : la conséquence, que la Cour énonce en une phrase. Une dette n'est susceptible d'être effacée qu'à concurrence du montant indiqué dans cet état chiffré. Ce qui n'y figure pas n'a pas été effacé, faute d'y avoir jamais été. Pourquoi la cour d'appel s'était trompée, et l'erreur est compréhensible. Elle avait raisonné en termes de *créance* : la SCI était bien créancière de loyers, cette créance était connue de la procédure, donc elle était effacée. C'est une lecture économique, et elle paraît juste. La Cour de cassation lui oppose une lecture comptable : l'effacement ne frappe pas une créance, il frappe un montant, celui que porte l'état chiffré. Une créance partiellement déclarée est partiellement effacée. Ce que cela donne ici, à l'euro près. La SCI réclamait 36 429,40 € en principal. La débitrice avait déclaré 18 330,58 €. La clôture a donc effacé 18 330,58 €, et 18 098,82 € sont restés dus. Ce dernier chiffre est une soustraction, pas une citation : la Cour casse et renvoie, elle ne liquide pas le compte. Et le surplus ne survit pas seul. Une dette de loyers non effacée reste une dette de loyers : elle conserve ses accessoires, et notamment la clause résolutoire du bail. Le rétablissement professionnel, censé permettre de repartir, laissait donc la locataire exposée à la résiliation de son bail pour une dette qu'elle croyait éteinte. La leçon pour le candidat au rétablissement professionnel est simple et elle est vitale : la liste des dettes n'est pas une formalité déclarative, c'est la mesure exacte du rebond. Sous-déclarer, même de bonne foi, même par simple ignorance du décompte exact d'un bailleur, c'est réduire d'autant l'effacement obtenu. Et l'article Art. R640-1-1 Article R640-1-1 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Lorsque le débiteur, personne physique, demande également le bénéfice d'une procédure de rétablissement professionnel, il précise en complément de l'inventaire, les modalités d'évaluation de ses biens. L'inventaire ainsi... En vigueur depuis le 02/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → , qui impose au candidat de préciser les modalités d'évaluation de ses biens et d'attester des conditions, ne dit rien de l'exhaustivité du passif : personne ne l'avertit.
Comment s'en servir
Avant de déposer : demandez à chaque créancier son décompte arrêté, par écrit. Un bailleur, une banque, l'URSSAF savent au centime ce qu'ils réclament. Votre propre estimation ne vaut pas leur décompte, et c'est votre estimation qui sera effacée. Déclarez large plutôt que juste. Une dette déclarée pour un montant supérieur à la réalité ne vous coûte rien ; une dette sous-déclarée vous laisse le solde sur les bras, avec ses accessoires. Dans le doute sur un montant, déclarez le plus élevé des deux chiffres et signalez l'incertitude. L'état chiffré est un plafond, pas un engagement de payer. Vérifiez l'état chiffré annexé au jugement de clôture, ligne par ligne (Art. R645-17 Article R645-17 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Le jugement de clôture comprend l'état chiffré des créances effacées avec l'indication, selon le cas, du nom ou de la dénomination et du domicile ou siège des créanciers. Il entraîne la caducité de la demande d'ouvertur... En vigueur depuis le 02/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ). C'est ce document, et lui seul, qui dira ce que vous ne devez plus. Une erreur s'y corrige mieux avant le jugement qu'après. Pour un créancier : vérifiez le montant porté à votre nom dès que le juge commis vous informe (Art. L645-8 Article L645-8 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Le mandataire judiciaire ou la personne choisie sur le fondement du premier alinéa du II de l'article L. 812-2 ou sur le fondement du III de ce même article informe sans délai les créanciers connus de l'ouverture de la p... En vigueur depuis le 01/01/2017 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ). Si votre créance y figure pour moins que son montant réel, la différence vous reste due, et c'est votre intérêt de le savoir tout de suite. Pour un bailleur : le solde non effacé conserve ses accessoires. La clause résolutoire redevient mobilisable pour cette fraction.
Forces pour le dirigeant
  • La règle est objective et vérifiable : un document, un montant, un effacement. Personne n'a à interpréter ce qu'était « vraiment » la dette.
  • L'état chiffré étant annexé au jugement de clôture, le débiteur dispose d'une preuve écrite, opposable, de ce qui a été effacé et pour combien.
  • La solution protège les créanciers d'un effacement de dettes qu'ils n'ont jamais eu l'occasion de discuter, puisqu'ils ne déclarent pas eux-mêmes.
  • Elle responsabilise le candidat sur l'exhaustivité de sa liste, seule pièce du dossier qu'il maîtrise entièrement.
Faiblesses et pièges
L'histoire et l'esprit de la solution
La solution s'inscrit dans la logique du recensement inversé propre au rétablissement professionnel, introduit par l'ordonnance du 12 mars 2014. Dans les procédures collectives classiques, l'article Art. L622-24 Article L622-24 En vigueur Code de commerce · De la sauvegarde A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire... En vigueur depuis le 31/12/2025 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → fait peser sur le créancier la charge de déclarer et la sanction de la forclusion. Le rétablissement professionnel renverse cette charge : le débiteur déclare (Art. L645-1 Article L645-1 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Il est institué une procédure de rétablissement professionnel sans liquidation ouverte à tout débiteur, personne physique, mentionné au premier alinéa de l'article L. 640-2, en cessation des paiements et dont le redresse... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ), le juge commis informe (Art. L645-8 Article L645-8 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Le mandataire judiciaire ou la personne choisie sur le fondement du premier alinéa du II de l'article L. 812-2 ou sur le fondement du III de ce même article informe sans délai les créanciers connus de l'ouverture de la p... En vigueur depuis le 01/01/2017 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ), et le créancier n'a rien à faire. Ce renversement, favorable au créancier sur le terrain de la diligence, appelait logiquement son pendant : le débiteur supporte la conséquence de sa propre déclaration. C'est ce que la Cour tire ici, en refusant de dissocier l'effacement de son assiette documentaire.
Portée approfondie
La Cour pose une règle d'assiette et non une règle de preuve. Elle ne dit pas que la dette réelle serait présumée égale au montant déclaré ; elle dit que l'effacement, effet légal attaché au jugement de clôture, ne peut pas excéder ce que ce jugement énonce. L'état chiffré de Art. R645-17 Article R645-17 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire Le jugement de clôture comprend l'état chiffré des créances effacées avec l'indication, selon le cas, du nom ou de la dénomination et du domicile ou siège des créanciers. Il entraîne la caducité de la demande d'ouvertur... En vigueur depuis le 02/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → n'est donc pas un simple récapitulatif informatif : il est le titre de l'effacement, et il en fixe la mesure. La conséquence dépasse le cas jugé : elle vaut pour toute créance partiellement portée à l'état, et elle interdit de raisonner en termes de créance globalement « connue de la procédure ». Elle laisse ouverte la question, non tranchée ici, de la créance entièrement omise de l'état chiffré, à laquelle la même logique conduit : rien de déclaré, rien d'effacé.
Cas de figure

Les textes que cet arrêt applique

Pour aller plus loin sur ces textes

Relu et validé le 14 août 2026 par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge des procédures collectives et juge-commissaire.

Commentaire signé, source vérifiée le 12/08/2026. La décision elle-même est consultable sur sa source officielle : seul ce texte fait foi. Le commentaire éclaire la portée pratique, il ne remplace pas un conseil personnalisé.

Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le

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