Article L631-11 du Code de commerce
- La rémunération du dirigeant (ou du débiteur personne physique) est maintenue en l'état au jour de l'ouverture du redressement.
- Le juge-commissaire peut en décider autrement, saisi par l'administrateur, le mandataire judiciaire ou le ministère public, jamais d'office.
- En l'absence de rémunération, le juge-commissaire fixe des subsides sur l'actif, pour le dirigeant et sa famille.
- Il tient compte des revenus des patrimoines non visés par la procédure.
Partie législative, partie réglementaire : quelle différence ?
La loi, votée par le Parlement. Elle pose les principes et les droits : qui peut demander l'ouverture d'une procédure, à quelles conditions, avec quels effets sur les dettes, les contrats et les salariés. C'est le texte qui décide.
Le décret, pris par le gouvernement pour appliquer la loi. Il règle le « comment » : quelle juridiction saisir, quelles pièces joindre, dans quels délais, qui convoque qui, sous quelle forme. C'est le texte qui organise.
Les deux se lisent ensemble : un droit reconnu par la loi s'exerce selon les formes fixées par le décret, et une formalité manquée peut faire perdre ce droit. Sur ce site, la partie législative est toujours à gauche et la partie réglementaire toujours à droite, quel que soit l'article consulté.
Partie législative
La loi : ce que le Parlement a voté (articles en L)
La rémunération afférente aux fonctions exercées par le débiteur, s'il est une personne physique, ou les dirigeants de la personne morale est maintenue en l'état, au jour de l'ouverture de la procédure, sauf décision contraire du juge-commissaire saisi sur demande de l'administrateur judiciaire, du mandataire judiciaire ou du ministère public. En l'absence de rémunération, les personnes mentionnées à l'alinéa précédent peuvent obtenir sur l'actif, pour eux et leur famille, des subsides fixés par le juge-commissaire. Le juge-commissaire tient compte des revenus éventuellement perçus au titre du ou des patrimoines non visés par la procédure.
Identifiant : LEGIARTI000045178099
Partie réglementaire
L'application : les décrets qui précisent la loi (articles en R ou D)
Art. R631-11 Application directe
Lorsqu'il apparaît que le débiteur ne remplit pas les conditions requises pour l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, le tribunal rejette la demande.
Ouvrir la fiche complète de l'article →Art. R631-15
Les rémunérations ou subsides prévus à l'article L. 631-11 sont fixés par le juge-commissaire par décision spécialement motivée, l'administrateur, le mandataire judiciaire et le débiteur personne physique ou le dirigeant entendus ou dûment appelés.
Ouvrir la fiche complète de l'article →Voici la réponse à la question que tout dirigeant se pose dans l'escalier du tribunal sans oser la formuler à l'audience : et moi, je vis de quoi, pendant la procédure ? La règle est le maintien. La rémunération du dirigeant, au niveau du jour de l'ouverture, continue. Ni gel automatique, ni révision d'office : l'entreprise en redressement a besoin de son dirigeant à la barre (Art. L631-12 Article L631-12 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire Outre les pouvoirs qui leur sont conférés par le présent titre, la mission du ou des administrateurs est fixée par le tribunal. Ce dernier les charge ensemble ou séparément d'assister le débiteur pour tous les actes rel... En vigueur depuis le 01/01/2006 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → a montré qu'il gère encore, assisté ou surveillé), et un capitaine qu'on ne paie plus quitte le navire ou le mène à la dérive. Le maintien n'est pas une faveur, c'est une condition de la période d'observation. La révision existe, mais son circuit est verrouillé. Le juge-commissaire ne peut être saisi que par l'administrateur, le mandataire ou le parquet, jamais s'autosaisir. Une rémunération manifestement excessive au regard de l'état de l'entreprise se corrige, la retenue de dernière minute que le dirigeant s'était votée aussi ; mais la baisse ne tombe pas du ciel, elle se demande, se motive, se discute. Et la fiche des rangs le rappelle : la rémunération maintenue est une charge courante de la procédure, pas une créance à déclarer. Le second alinéa est le plus humain du titre. Dirigeant sans rémunération, le gérant qui ne se payait plus depuis des mois pour tenir, l'entrepreneur individuel dont tout passait dans l'affaire : le juge-commissaire peut fixer des subsides sur l'actif, pour lui et pour sa famille. Le mot « famille » est dans le texte : le droit des procédures collectives, si dur aux fautifs, ne laisse pas les enfants du dirigeant honnête sans ressources pendant qu'on cherche une solution. L'écho avec les besoins de la vie courante de Art. L641-13 Article L641-13 En vigueur Code de commerce · De la liquidation judiciaire I.-Sont payées à leur échéance les créances nées régulièrement après le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire : -si elles sont nées pour les besoins du déroulement de la procédure ou du maintien provi... En vigueur depuis le 25/10/2023 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → en liquidation est direct : à chaque étape, l'homme derrière le débiteur mange. Le correctif final est de simple justice : les revenus des autres patrimoines (Art. L526-22 Article L526-22 En vigueur Code de commerce · Des difficultés des entreprises L'entrepreneur individuel est une personne physique qui exerce en son nom propre une ou plusieurs activités professionnelles indépendantes. Le statut d'entrepreneur individuel n'est pas accessible aux étrangers ressorti... En vigueur depuis le 28/01/2024 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ) entrent dans la balance. Les subsides secourent un besoin réel, pas un train de vie parallèle : celui dont le patrimoine personnel produit des loyers n'a pas vocation à émarger sur l'actif saisi.
Pour le dirigeant : ne pas toucher à sa rémunération à l'approche du dépôt. L'augmentation de dernière minute est le signal que les saisines de révision guettent, et elle nourrit les griefs patrimoniaux des fiches de sanction. Le maintien protège la rémunération en l'état : l'état se fige au jour de l'ouverture. Se déclarer sans rémunération plutôt que de prélever. Le dirigeant qui ne se payait plus doit demander les subsides au juge-commissaire, jamais se servir sur la caisse : le premier chemin est un droit écrit, le second un grief de Art. L653-4 Article L653-4 En vigueur Code de commerce · Des difficultés des entreprises Le tribunal peut prononcer la faillite personnelle de tout dirigeant, de droit ou de fait, d'une personne morale, contre lequel a été relevé l'un des faits ci-après : 1° Avoir disposé des biens de la personne morale com... En vigueur depuis le 15/02/2009 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → . Chiffrer la demande de subsides sur les besoins de la famille, charges à l'appui, et déclarer loyalement les revenus des autres patrimoines : la balance du second alinéa se joue sur ces pièces. Pour l'administrateur et le mandataire : la saisine en révision se motive sur l'état de l'entreprise. Une rémunération de croisière dans une trésorerie d'agonie se corrige ; mais amputer le dirigeant dont le plan a besoin est une fausse économie, et le texte, qui pose le maintien en principe, le sait.
- Le maintien est le principe : le capitaine reste payé, condition de la période d'observation.
- La révision jamais d'office : la baisse se demande et se motive, elle ne tombe pas du ciel.
- Les subsides pour la famille : le titre le plus dur du livre n'affame pas les enfants du dirigeant honnête.
- La prise en compte des autres patrimoines cible le secours sur le besoin réel.
- Le maintien « en l'état » fige aussi les rémunérations sous-évaluées : le dirigeant modeste le reste.
- Les subsides s'imputent sur un actif déjà insuffisant, au détriment marginal des créanciers.
- Le texte est propre au redressement : en sauvegarde, la question du dirigeant resté maître se règle autrement.
- Aucun barème : les subsides varient d'un juge-commissaire à l'autre.
Analyse rédigée par la rédaction du site : elle éclaire le texte officiel sans s'y substituer et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.
Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le